« Le béton est toujours le pire pour la planète. » « Le transport, c’est l’impact carbone numéro 1. » « La fin de vie des matériaux, c’est secondaire. » Et si ces idées reçues, largement répandues dans le secteur du bâtiment, pouvaient biaiser nos choix depuis des années ?
Dans un contexte où la construction durable est devenue une exigence réglementaire et collective (notamment via la RE2020), les Fiches de Déclaration Environnementale et Sanitaire (FDES) se transforment en outils essentiels pour mesurer l’empreinte carbone des produits. Pourtant, les informations contenues dans celles-ci sont sous-exploitées et peu comprises.
Dans le cadre du projet QUID-FDES, NOBATEK a analysé les émissions de gaz à effet de serre des 3147 Fiches de Déclaration Environnementales et Sanitaires (FDES conformes à la norme NF EN 15804+A2) enregistrées dans la base INIES au 1er décembre 2025. En identifiant les principales sources d’impact selon le type de produit, cette analyse vise à mettre en lumière les données et hypothèses sensibles lors de la réalisation, vérification et utilisation de FDES.
Du transport, au mode de production, en passant par la fin de vie des matériaux, cet article met au défi 5 idées reçues, tout en apportant des clés de compréhension pour l’utilisation de FDES.
Idée reçue n° 1 : Le transport c’est crucial pour l’empreinte carbone des produits
- Pour la grande majorité des FDES (84%), les impacts carbone des transports ne dépassent pas les 10% de la valeur totale sur l’ensemble du cycle de vie. Cependant, ils peuvent être non-négligeables (autour de 20-30%) pour certains produits, notamment composés de matériaux à densité élevée (faïence, pierre, béton…).
- L’approvisionnement en circuit court est donc un levier clé d’écoconception surtout pour des matériaux lourds mais la composition des produits et leur mode de production restent les contributeurs majeurs pour l’ensemble des produits de construction.


Idée reçue n°2 : La phase d’installation / mise en œuvre est négligeable
- Si cette affirmation est vraie pour environ un quart des FDES, les impacts de l’installation (A5) représentent pour certains produits une source principale d’émissions de gaz à effet de serre. Cela est notamment le cas de systèmes pour plafonds, murs, cloisons, isolation ou bardages nécessitant des éléments de fixation à fort impact (p.ex. colle, mortier, joints) ou en grande quantité. Des planchers avec béton ajouté lors de la mise en œuvre ou les systèmes d’évacuation / assainissement qui utilisent des remblais ou des pompes ont également des impacts A5 élevés.
- Certaines FDES excluent les produits complémentaires nécessaires, ce qui est alors mentionné dans leur titre. La vigilance sur ce point est donc cruciale pour comprendre les impacts environnementaux d’un produit. La comparaison de scénarios ne peut se faire qu’à périmètre et fonction équivalents.
Idée reçue n°3 : Les produits de construction n’émettent pas de gaz à effet de serre lors de leur utilisation
- L’étape d’utilisation de la plupart (plus de 90%) des produits de construction a des impacts négligeables. Cependant, les opérations de maintenance (notamment le nettoyage des équipements sanitaires, des revêtements de sols ou murs, ou la maintenance des systèmes d’assainissement) ou le remplacement de certains éléments clés (p.ex. vitrage, poignées de porte) peuvent générer des impacts élevés (moins de 10% des cas). A contrario, le phénomène de carbonatation en présence de ciment (ou chaux) entraîne l’adsorption de CO2 durant la vie en œuvre.
- L’influence significative de l’utilisation pour certains produits pose la question de l’harmonisation des scénarios et hypothèses considérés. Il est important d’analyser les données associées dans les FDES pour faciliter la compréhension de potentielles différences entre produits.


Idée reçue n°4 : Pour la fin de vie, la mise en décharge, c’est le pire
- La mise en décharge, traitement le moins recommandé dans la hiérarchie des déchets, peut engendrer de graves problèmes environnementaux. Néanmoins, cette option émet peu de gaz à effet de serre, notamment par rapport à l’incinération. Les produits incinérés peuvent ainsi avoir des impacts élevés en fin de vie malgré la possibilité de récupérer de l’énergie (voir module D ci-dessous). Il faut également noter que, pour les produits biosourcés, les émissions significatives (quel que soit le traitement) proviennent du carbone absorbé lors de la croissance des plantes / arbres qui est relargué en fin de vie (convention normative de bilan carbone biogénique nul).
- Le module D permet d’appréhender les effets au-delà du cycle de vie du produit, notamment les bénéfices de la valorisation matière ou énergie. Il est donc intéressant de considérer cet aspect pour analyser les options de traitement, même si les valeurs associées doivent être prises avec recul en raison du caractère hypothétique des scénarios de remplacement.
Idée reçue n°5 : Considérer les impacts de production d’un produit suffit pour estimer l’empreinte carbone totale.
- L’étape de production A1-A3 représente en moyenne 64% de l’empreinte carbone totale des produits de construction. Dans de très rares cas, la contribution de l’étape de production est inférieure à 5%. C’est donc l’étape la plus importante pour la grande majorité des FDES. Néanmoins, pour certains produits d’autres étapes peuvent être importantes, que ce soit par ex. le transport pour des façades en pierre, l’installation pour produits nécessitant du mortier ou le nettoyage pour des revêtements de sol. De plus, il faut être vigilants aux produits biosourcés pour lesquels les émissions négatives de production sont réémises en fin de vie (convention normative de bilan carbone biogénique nul).

