Rénover une école aujourd’hui ne consiste plus seulement à refaire une toiture ou changer une chaudière. Chaque projet de rénovation d’un établissement scolaire devient une réponse directe aux dérèglements climatiques, à la hausse des prix de l’énergie et aux nouvelles exigences du décret tertiaire. Dans toute la France, collectivités territoriales, communes et acteurs publics lancent des travaux de rénovation énergétique pour réduire la consommation des bâtiments scolaires, améliorer le confort thermique et accélérer la transition écologique du patrimoine éducatif.
Néanmoins, entre audit énergétique, financement, CEE, choix des matériaux, systèmes de chauffage et performances, il reste difficile de savoir quelles solutions fonctionnent réellement sur le terrain. Quels systèmes permettent de réduire durablement les factures ? Quels travaux améliorent la qualité de l’air intérieur et le confort d’été ? Quels investissements offrent le meilleur retour pour une école, un collège ou un lycée ? À travers 4 exemples concrets menés en Nouvelle-Aquitaine par les équipes de NOBATEK, découvrez les dispositifs et techniques mises en place pour construire et rénover les établissements scolaires.
En bref
1. Le confort d’été devient prioritaire
Protection solaire, ventilation naturelle, géocooling, inertie thermique : les projets anticipent l’intensification des épisodes de surchauffe des établissements afin de préserver la santé des élèves, des enseignants et des équipes périscolaires.
2. Le biosourcé s’impose
Bois, terre crue, fibre de bois : les matériaux bas carbone deviennent des standards de conception.
3. La sobriété technique progresse
Les projets les plus performants privilégient les stratégies passives avant les équipements complexes.
4. L’école devient un démonstrateur territorial
Ces bâtiments scolaires servent désormais de laboratoire public pour tester les solutions d’adaptation climatique à l’échelle locale.
Ce que ces 4 projets de rénovations énergétiques de bâtiments scolaires démontrent
En France, une part importante des bâtiments scolaires a été construite avant les premières réglementations thermiques. Résultat : isolation insuffisante, systèmes de chauffage vieillissants, inconfort d’été et hausse des factures énergétiques. Rénover un bâtiment scolaire permet donc à la fois de réduire les dépenses, d’améliorer les conditions d’apprentissage et de prolonger la durée de vie du patrimoine public.
L’école de demain doit être capable de résister aux aléas climatiques notamment ceux de la mi-saison avec des canicules de plus en plus fréquentes (comme la vague de chaleur de mai 2026), tout en garantissant un confort d’apprentissage pour les élèves et le corps enseignant. Les projets les plus aboutis ne sont pas forcément les plus technologiques ni les plus coûteux. Ce qui fait la différence, c’est leur capacité à penser le bâtiment dans le temps long : sobriété des systèmes, qualité de l’enveloppe, ventilation adaptée, confort passif de mi-saison, choix des matériaux, maintenance future, facilité d’exploitation ou encore adaptabilité des espaces.
Mais surtout, ces opérations rappellent un point encore trop peu abordé dans les projets de rénovation énergétique des écoles : la performance réelle d’un bâtiment ne se joue pas uniquement pendant le chantier. En effet, la phase d’exploitation représente près de 80 % de la durée de vie d’un bâtiment. Une école rénovée peut donc afficher d’excellentes performances sur le papier… et devenir difficile à exploiter au quotidien si les usages, les réglages ou le suivi des équipements ne sont pas anticipés.
Les projets les plus durables sont souvent ceux qui intègrent dès le départ une logique de pilotage dans le temps : suivi des consommations, contrôle des températures, mesure du CO₂, maintenance simplifiée, adaptation des usages et retour d’expérience des occupants.
C’est précisément ce passage d’une logique de chantier à une logique de performance dans le temps qui devient aujourd’hui centrale dans la rénovation énergétique des écoles.
Rénovation raisonnée pour le groupe scolaire du Braou à Biarritz (livraison 2028)
Le groupe Scolaire du Braou situé à Biarritz, a été construit en 1966. Depuis sa création, il a fait l’objet de 2 extensions et de travaux de rénovation en 1973 et 1976 afin d’agrandir l’école maternelle. Aujourd’hui, il accueille une crèche, une école maternelle, et une école élémentaire.
Face aux nouveaux enjeux pédagogiques, environnementaux et énergétiques, la Ville de Biarritz a engagé une opération de restructuration visant à transformer le site en un établissement plus moderne, plus confortable et plus durable. La cour de récréation sera notamment repensée et désimperméabilisée pour intégrer davantage de végétation. L’imperméabilisation du site est limitée au maximum (Cimp = 17,5%) par la compacité de l’ouvrage, la limitation au strict nécessaire des surfaces extérieures minérales (2 660m² de pleine terre soit 35,18% de la surface de l’assiette foncière) et par le choix de revêtements extérieurs semi-perméables (stationnements, cours, parvis…).

©Hiru Architecture
NOBATEK accompagne le groupement de maîtrise d’œuvre afin de concilier préservation du patrimoine existant et exigences environnementales actuelles. Les matériaux et l’architecture d’origine sont conservés autant que possible. Enfin, pour s’assurer de répondre à tous les objectifs énergétiques sur la partie neuve (RE2020), la partie rénovée (BBC rénovation) et au global (Décret tertiaire), les ingénieurs de NOBATEK réalisent une SED.
Géocooling et matériaux biosourcés pour la rénovation du Groupe scolaire Albert Camus à Talence (livraison 2027)
Le projet repose sur 3 leviers de performance énergétique et de confort thermique :
- Une enveloppe performante (isolation biosourcée, étanchéité à l’air) et la valorisation de l’inertie (dallages béton, refends en terre crue).
- Une ventilation double-flux avec récupération de chaleur et régulation CO₂.
- Des protections solaires (lames fixes, débords et stores à lames) extérieures et une végétation créant des îlots de fraîcheur.
L’équipe de maîtrise d’œuvre a fait le choix d’un programme qui valorise le bâti existant et améliore la fonctionnalité des espaces. Les surfaces conservées bénéficient d’une rénovation lourde s’inscrivant dans un objectif label BBC rénovation et les surfaces créées favorisent la construction bois et les isolants biosourcés.
Les matériaux biosourcés sont omniprésents : bois (charpente, bardage, ossature, menuiseries), et fibre de bois utilisée pour l’isolation avec un taux d’intégration de 31 dm³/m²SDP. Des briques de terre crue sont également envisagées pour une partie des cloisonnements de la partie neuve. Ces choix limitent l’empreinte carbone (respect de la RE2020 seuil 2025) et favorisent une construction légère, démontable et recyclable. Au-delà de leur faible impact carbone, l’utilisation de matériaux biosourcés participent également au confort hygrothermique du bâtiment. Leur capacité à réguler naturellement l’humidité et à limiter les variations de température améliore le confort des occupants pendant les périodes chaudes.
De plus, la géothermie joue un rôle central pour la production de chaleur dans le projet , mais aussi pour l’émission de froid via les CTA double-flux (batterie mixte chaud/froid) par géocooling. L’installation se compose d’un champ de sondes géothermiques et d’une PAC eau/eau. En effet, le géocooling (rafraîchissement passif via le sous-sol) permet d’améliorer le confort d’été, sans climatisation active (stockage thermique inter-saisonnier). Le géocooling est particulièrement adapté aux établissements scolaires car les besoins de rafraîchissement sont concentrés en journée, au moment où les températures intérieures augmentent rapidement sous l’effet de l’occupation des salles de classe, des équipements numériques et des épisodes de canicules. Cette stratégie passive permet donc de limiter les surchauffes sans recourir à une climatisation énergivore.
Enfin, les consommations énergétiques sont compensées grâce à une production photovoltaïque via une installation de 78,8 kWc produisant 98 550 kWh/an.
L’arbitrage sur les choix de solutions a été réalisé avec l’ensemble de la maîtrise d’œuvre. Tout au long de la conception, les équipes de NOBATEK ont été force de proposition afin de favoriser la performance environnementale et énergétique du projet. Elles ont ainsi confirmé les atouts d’une construction bois et biosourcée ainsi que le respect de la RE2020 par ACV. À l’appui d’études STD/SED, elles ont également optimisé la gestion des apports solaires et validé le choix des systèmes énergétiques. Ces études ont enfin conduit à recommander au groupement de ne pas isoler les planchers bas de l’existant afin de favoriser l’inertie thermique, améliorant ainsi le confort d’été tout en limitant les coûts, les consommations de ressources et les contraintes sur le planning du chantier.
Perspectives du groupe scolaire Camus ©Galerie Blanche
Adapter un collège à la croissance de la population à Saint Vincent de Tyrosse (2024 – 2028)
Afin de répondre aux besoins croissants en infrastructures scolaires et sportives, la commune de Saint-Vincent de Tyrosse lance la construction d’un collège de 600 élèves et d’un gymnase. NOBATEK accompagne l’équipe de maîtrise d’œuvre sur la démarche environnementale du projet.
Les objectifs RE2020 – seuil 2028 sur le collège et le niveau C2 pour le gymnase sont aujourd’hui atteints. Le programme prévoit une structure en bois, des façades à ossature bois, des isolants biosourcés ainsi que le recours à des bétons moins carbonés en structure (CemIII). Plus globalement, la sobriété en matériaux est un point majeur du projet pour économiser de la matière et donc du carbone.
Les missions de NOBATEK incluent la réalisation de STD, la stratégie de ventilation naturelle avec des protections solaires fixes / mobiles et de freecooling mécanique qui ont été intégrées afin de garantir le confort d’été, et cela en prévision des projections climatiques futures. Des SED ont également été menées pour estimer et réduire les consommations énergétiques (55 kWh/m².an). Un système de pompe à chaleur sur géothermie est prévu pour bénéficier de meilleures performances été comme hiver (pour un COP allant jusqu’à 5,5 en basse température).

© NOBATEK – Schéma du système de chauffage / rafraîchissement du collège
Une démarche environnementale globale est mise en place pour ce projet, avec un accompagnement particulier sur le confort, l’énergie, les matériaux et la qualité de l’air intérieur. L’objectif est de livrer un bâtiment qui soit conforme aux attentes d’un maître d’ouvrage public : pérennité, facilité de maintenance, fluidité d’exploitation tout en présentant des performances élevées.
Chantier de rénovation en site occupé pour le Collège de Nay (2026 – 2031)
Le collège Henri IV à Nay, saturé et vétuste (performance thermique, accessibilité, fonctionnalité) va laisser place à un équipement neuf conçu pour 960 élèves. Le chantier, prévu sur quatre ans en site occupé, est organisé en plusieurs phases pour maintenir le collège en fonctionnement tout au long des travaux.
Sur le plan environnemental, le projet affiche des ambitions fortes. La structure est mixte bois et béton bas carbone : seuls les planchers, noyaux de circulation et certains murs du RDC sont en béton. La structure porteuse ainsi que les façades sont réalisées en bois avec des isolants biosourcés. Une démarche de réemploi est également envisagée. Le tout vise une réduction significative de l’impact carbone en phase construction, au-delà des exigences RE2020.
En ce qui concerne le confort d’été, la stratégie est résolument passive. Des brise-soleil fixes en bois protègent les façades des surchauffes estivales sans problématique de maintenance ou d’usage. Des techniques de ventilation naturelle sont également intégrées en façade et dans l’atrium central pour aérer et décharger le bâtiment. Là aussi, des solutions par simple ouverture des menuiseries en façade sont privilégiées pour ne pas complexifier le bâtiment. Enfin, la mixité de matériaux permet de concilier l’inertie du béton en plancher et refends, avec la performance de l’isolation répartie en façade.
La ventilation mécanique du collège a été conçue sans réseau de gaines dans les étages. À la place, le projet prévoit l’installation de Windcatcher au R+2, assurant une ventilation naturelle double-flux, ainsi que de modules indépendants double-flux au R+1. Ce choix technique présente un réel avantage : il permet de réduire fortement le linéaire de gaines de ventilation à installer, ce qui limite à la fois les coûts d’investissement et l’impact carbone du projet.
Le chauffage sera quant à lui assuré par le raccordement au réseau de chaleur urbain (RCU) de la Communauté de communes du Pays de Nay.
Enfin, le collège intégrera 430 m² de panneaux photovoltaïques en toiture pour une puissance de 100 kWc afin de produire de l’énergie en autoconsommation et de diminuer la facture énergétique du bâtiment. L’installation tire parti de l’inclinaison du shed, déjà utilisée pour apporter de la lumière naturelle dans la circulation centrale, pour y positionner les panneaux photovoltaïques de manière optimisée.

Quelles solutions privilégier pour la rénovation énergétique d’une école ?
Le tableau ci-dessous synthétise les principales problématiques rencontrées dans les projets en cours que nous menons, et les solutions recommandées sur le terrain pour y répondre.
|
Situation rencontrée |
Solutions recommandées |
|
Bâtiment à faible efficacité énergétique |
Isolation thermique de l’enveloppe, mur à ossature bois, remplacement des menuiseries, reprise de l’isolation en toiture terrasse, ventilation double flux, amélioration de l’étanchéité à l’air, chauffage via PAC sur captage géothermique… |
|
Fonctionnalité |
Réflexion autour des flux de circulation, relation entre les espaces, optimisation fonctionnelle de la relation avec l’existant. Réorganisation spatiale des locaux existants y compris des reprises structurelles voire démolition partielle si nécessaire. |
|
Énergie renouvelable |
Production de chaleur via pompe à chaleur sur captage géothermique + Récupération de chaleur + Production d’électricité via panneaux photovoltaïques… |
|
Contraintes chantier |
Si site occupé, favoriser la préfabrication pour limiter le temps de chantier et les nuisances. Si possible, envisager un transfert de l’activité, pendant toute la durée du chantier, sur des locaux provisoires en modules préfabriqués |
|
Contrainte patrimoniale |
Conservation de l’identité visuelle de l’architecture d’origine et extension en harmonie avec l’existant |
|
Confort d’été |
Amélioration de l’enveloppe, gestion des apports solaires optimale (protections extérieures fixes et mobiles), valorisation de l’inertie thermique, possibilité de freecooling (mécanique ou naturel), mise en place d’un géocooling via batterie mixte chaud/froid CTA et échange direct sur captage géothermique (froid passif) |
|
Usages |
Sensibilisation du corps enseignant dans la gestion du confort (quand ouvrir les menuiseries, quand baisser les stores….) |
Pour aller plus loin
Avec plus de 50 000 écoles primaires à rénover, les collectivités doivent composer avec des bâtiments aux caractéristiques très diverses et intégrer les enjeux liés au changement climatique. Ce guide a été conçu pour les accompagner dans la prise en compte du confort d’été et les aider à adopter une approche globale de la rénovation. Grâce à des recommandations adaptées aux différentes typologies de bâtiments, il propose des solutions concrètes pour concilier performance énergétique, confort des occupants et qualité des conditions d’apprentissage, tout en anticipant les défis climatiques à venir.
Guide rédigé avec la participation de Jérémie Guillorit (NOBATEK)





