Ces propos sont une retranscription du procès fictif  « Hors-site à la barre » organisé par NOBATEK, Hors-site Conseil et Ressorts le 4 juin 2026.

Procès n°4 : Romain Gérard, FrameWorks

Accusé : Romain Gérard, FrameWorks

Projet : construction de 2 maisons individuelles, Clichy (92)

Chef d’inculpation : démesure logistique. Mobiliser un dispositif conséquent en fond de parcelle juste pour deux maisons.

La défense

« Je suis Romain Gérard, directeur de FrameWorks, une société de conseil et d’AMO qui travaille autour des enjeux des procédés constructifs, de l »innovation, notamment sur les enjeux de construction hors site et de massification. »

« Je me fais un malin plaisir à présenter des projets en hors-site que l’on voit moins souvent : je vous propose donc de découvrir la construction de deux maisons individuelles à Clichy, dans les Hauts-de-Seine. Un contexte ultra-urbain, ultra-contraint, où l’on construit déjà peu de maisons individuelles et où l’on construit encore moins de maisons en hors-site. »

Portrait Romain Gérard – Dessiné par © Nina Garcia


Le projet : deux maisons individuelles, Clichy (92)

« Le terrain se situe en fond de parcelle, avec une belle volumétrie. Le projet vient à l’origine d’un promoteur que je connais, qui m’explique qu’il a racheté un bâtiment en fond de parcelle et qu’il développe un projet de deux maisons. Le projet avance bien, mais c’est une véritable galère logistique : le seul accès possible est une petite porte cochère donnant sur la rue, haute de deux mètres et large de deux mètres. »

« Tous les voisins commencent à râler alors que ça n’a même pas démarré. »

Repenser le projet

« Il m’interpelle sur ce point. Je lui réponds : « Envoie-moi les plans, je regarde, et je te dis s’il n’y a pas moyen d’envisager les choses différemment. »

« Les plans étaient pourtant déjà bien avancés. Et nous voilà partis dans une nouvelle aventure : on remet tout à plat et on se dit qu’on peut faire ça dans une logique plus biosourcée et préfabriquée. Nous avons ainsi redéveloppé le projet alors que la phase de conception était déjà très avancée. Toute l’équipe a joué le jeu, et nous sommes repartis from scratch pour aboutir à un projet 100 % hors-site bois, construit sur une logique 2D. Il a fallu énormément s’adapter, car rien n’était droit sur ce terrain et il fallait s’ancrer dans des murs mitoyens existants. »

 

©FrameWorks

Dix jours pour un clos-couvert

Ce projet, ce sont deux maisons mitoyennes en R+2, soit 300 m2 au total. En construction traditionnelle, le seul clos et couvert était estimé entre 4 et 6 mois, un délai assez cohérent pour ce type d’ouvrage.

« En développant ce projet hors-site et en travaillant finement la logistique, le clos et couvert complet a été réalisé en dix jours, en janvier 2025. »

Le projet a été livré il y a un an et demi. Dans les faits, il y a eu dix jours de montage effectif répartis sur deux semaines ; nous travaillions en partie de nuit pour éviter de bloquer la voirie trop longtemps. Au final, le nombre de levages a été considérablement réduit.

©FrameWorks

Des planchers innovants

« Nous avons travaillé sur des panneaux à très forte valeur ajoutée, car l’intérêt économique et opérationnel résidait justement dans le fait d’aller loin dans la préfabrication. Hormis un léger sujet de stabilité de panneau en partie basse au niveau de la porte, tout le reste arrivait quasiment fini : menuiseries intérieures posées, fibre de bois prête à enduire, et même un petit bardage bois architectural déjà posé au niveau des planchers.

Nous avons d’ailleurs pu innover sur les planchers, avec des caissons appelés CLT Box, fabriqués chez Schneider. Ce sont des systèmes constructifs qui ne relèvent pas d’un avis technique français, mais d’un ATE (agrément technique européen). En général, les contrôleurs techniques sont réticents face à ce type de solution, mais s’agissant ici d’un petit projet, nous avons obtenu l’autorisation de les mettre en œuvre. »

Finitions d'usine et performance acoustique

« Tous les panneaux ont été posés avec la fibre à enduire déjà en place, ce qui nous a permis de ré-isoler et de venir poser directement tous les murs mitoyens aveugles contre les voiles existants des voisins. Et puisqu’il s’agissait d’innover jusqu’au bout, nous avons choisi de laisser toutes les finitions visibles et brutes en sous-face, avec une finition d’usine avec tous les percements pour les luminaires calepinés avec du pré-câblage. Nous avons ainsi pu aller extrêmement loin dans la qualité finale de l’ouvrage.

Parlons également d’acoustique, un enjeu moins critique en maison individuelle, mais qui existe malgré tout. Ces planchers caissons associent un voile de CLT en partie haute, un voile de CLT en partie basse et des âmes en lamellé-collé. Ils sont conçus pour recevoir, par le haut, une chape de grave-ciment coulée via des percements déjà prévus, afin d’apporter de la masse en complément de la fibre de bois déjà intégrée dans les caissons. Le résultat est une excellente absorption acoustique.

Un dernier détail, mais auquel je tiens : les coffres de volets roulants, souvent le point disgracieux d’un chantier. Ici, ils ont été entièrement finis en usine et posés tels quels, avec un travail de calepinage particulièrement soigné et un retour de tableau en finition chêne massif. »

©FrameWorks


L'interrogatoire du procureur

« Vous construisez en fond de parcelle, dans un endroit inaccessible. N’est-ce pas un caprice de votre client pour faire un peu de technologie sans réel sens ? »

« Certes, mon client était un promoteur, mais le financeur du projet était le groupe d’assurance AREA. Ce qui fait basculer la décision, c’est la capacité à aller vite et à maîtriser le niveau de nuisance, notamment vis-à-vis du voisinage. Sur ce type de projet, c’est un élément crucial pour un maître d’ouvrage, c’est même ce qui fait échouer des projets bien plus souvent qu’on ne le pense. »

« La capacité à maîtriser à la fois la technique, le planning, les coûts et les nuisances constitue donc une garantie pour le client, bien au-delà des seules innovations constructives développées. »

Romain Gérard – FrameWorks ©NOBATEK

« Est-ce que les surcoûts n’ont pas rendu l’exercice inutile par rapport à la construction traditionnelle ? »

« Bonne question. Il y a effectivement eu un surcoût de travaux d’environ 10 % par rapport à ce qui avait été prévu initialement, en partie généré par le changement de mode constructif vers le bois, mais bien loin de ce à quoi on pouvait s’attendre au départ. L’autre partie de ce surcoût tient au fait que les études de conception étaient déjà bien avancées au moment où nous avons basculé vers le hors-site : il a fallu les reprendre. C’était une question de chronologie, sur laquelle nous n’avions pas de contrôle. Certaines études ont également dû être refaites pour aller plus loin que ce qui était prévu. Au final, il y a donc eu de très légers surcoûts, mais rien à l’échelle de l’opération et de sa faisabilité économique globale. »

« Quel est votre retour d’expérience ? Quels sont les éléments que vous allez pouvoir dupliquer et mettre en œuvre sur des projets plus ambitieux, sur de petits collectifs, des immeubles de bureaux ? Parce que l’innovation est certainement plus facile à mettre en œuvre sur ce type de projet que sur des projets de plus grande ampleur. »

« Je vais être honnête : j’ai d’abord douté que ce projet puisse aboutir, mais j’avais envie de l’étudier, car intellectuellement, ça vaut toujours le coup de creuser. Je craignais que les coûts, les enjeux et les délais d’étude ne soient pas cohérents avec ce type de projet. Et pourtant, le projet est sorti, alors même que mon client était dans une logique de maîtrise financière très forte. »

« Ce que j’en retiens, c’est qu’il ne faut pas se poser de barrières a priori, ni s’interdire d’étudier une solution. »

« Concernant des projets plus ambitieux : nous étions ici dans du neuf, pas dans de la réhabilitation, mais avec d’immenses enjeux d’adaptation à l’environnement. C’est la grande différence entre le neuf et le hors-site en réhabilitation : cette capacité à partir sur une trame « industrialisée », en s’affranchissant totalement des contraintes et des paramètres d’un existant. Ce qui n’est pas du tout le cas lorsqu’on travaille sur des enjeux de réhabilitation ou de rénovation énergétique.

Ce que je retiens aussi, ce sont tous les petits trucs et astuces développés pour garantir la gestion des tolérances et des jeux, sans avoir à tout redémonter, recycler ou tronçonner simplement parce que nous avions anticipé ces points dès le départ. »

« C’est un vrai apprentissage, qui se conserve et qui se développe sur d’autres projets. »


Les membres de la cour

Présidente de la Cour

Magali HOULLIER 

Dirige l’audience, donne la parole aux parties et veille au respect du temps de parole. C’est elle qui, en fin de séance, appellera le jury à rendre son verdict.

Le Procureur

Alvaro CABEZALI MERA 

Il porte les chefs d’accusation et souligne les points de friction des projets. Son rôle est d’interroger les accusés pour s’assurer que leurs preuves sont solides.


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