Ces propos sont une retranscription du procès fictif « hors-site à la barre » organisé par NOBATEK, Hors Site Conseil et Ressorts le 4 juin 2026.
Procès n°1 : Cyril MOUSSARD - ModuleM

Cyril Moussard à la barre – Dessiné par © Nina Garcia
Accusé : Cyril Moussard – ModuleM
Projet : Construction du Groupe scolaire René Cassin, Blagnac (31)
Chef d’inculpation : Perturbation de l’espace public et chantier à risques Construire une école élémentaire en site occupé par près de 400 enfants.
La défense
« Je suis paysagiste de formation et, à l’origine, rien ne me destinait au monde du bâtiment. »
« Pendant plusieurs années, j’ai réalisé des terrains de sport en gazon naturel et synthétique. À la réception des chantiers, les terrains étaient souvent prêts à être utilisés, mais les vestiaires ou les bâtiments associés ne l’étaient pas encore. C’est en cherchant une solution pertinente pour mes clients que je me suis intéressé à la construction modulaire et au hors-site. Cette découverte est rapidement devenue une passion. J’ai d’abord créé une société de commercialisation de bâtiments modulaires, avant de réunir un collège d’experts pour réfléchir à ce que pourrait être une solution modulaire capable de répondre aux attentes des maîtres d’ouvrage comme des architectes. Ce travail m’a conduit à créer ModuleM en 2012.
Depuis, nous développons des bâtiments modulaires architecturés en nous appuyant sur un principe simple : utiliser le bon matériau au bon endroit et réaliser l’essentiel de la construction en atelier, afin de garantir qualité, maîtrise des délais et liberté de conception. »
Le projet : Groupe scolaire René Cassin, Blagnac (31)
Le groupe scolaire René Cassin est un groupe scolaire de 1 500 m² réalisé à Blagnac. Après la livraison réussie d’un hôtel de police construit en hors-site, la ville a souhaité renouveler cette approche pour une nouvelle école. Le programme comprend huit salles de classe, deux salles de motricité, deux dortoirs et plusieurs espaces d’activités. Notre choix a été de respecter intégralement la conception architecturale initiale en développant des modules sur-mesure plutôt qu’en imposant une trame standardisée. Les 60 modules, tous différents, ont été fabriqués en usine avec un haut niveau de finition avant d’être assemblés sur site en seulement neuf jours.
« Les enfants qui sont partis en vacances le vendredi, il y avait les fondations. Quand ils sont revenus le lundi, ils avaient mille cinq cents mètres carrés. »
Ce projet illustre selon moi l’une des principales forces du hors-site : concilier liberté architecturale, maîtrise des délais et qualité de réalisation.
L'interrogatoire du procureur
On a détecté une anomalie constructive. Vous avez mis un double plancher béton parce que vous avez empilé un module sur l’autre. Pouvez-vous nous expliquer ?
« Pour moi, le véritable enjeu du hors-site ne réside pas dans les éléments simples mais dans la capacité à livrer des modules avec un très haut niveau de finition. La complexité d’un bâtiment ne vient pas tant du gros œuvre que de la coordination de nombreux métiers qui n’ont pas forcément l’habitude de travailler ensemble. On met sur un même chantier différents artisans qui n’ont pas forcément choisir de travailler ensemble et de travailler. C’est comme si aujourd’hui on constituait une équipe avec un footballeur, un rugbyman, un nageur, un pongiste, en se disant qu’avec cette équipe on va être champion du monde.
Chez ModuleM, nous réalisons des modules finis à 80 à 90%, avec les isolants, les plafonds et les équipements déjà intégrés. Donc on est obligé effectivement de mettre sur notre module de rez-de-chaussée, une structure qui permet de mettre une étanchéité provisoire. Cela nous impose de concevoir des modules totalement fermés et protégés dès leur sortie d’usine, afin de garantir la qualité de l’ouvrage jusqu’à sa pose sur chantier, quelles que soient les conditions. »
Vous avez indiqué avoir travaillé pendant deux semaines, mais comment avez-vous fait pour construire quand même soixante modules ? Combien de temps cela vous a pris réellement ?
« Pour un bâtiment de 1 500 m² comme celui-ci, il faut d’abord compter environ deux mois de préparation. Cette phase consiste à retranscrire le projet en maquette numérique, à le faire valider par le bureau de contrôle, le maître d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre, puis à arrêter définitivement les choix avant de lancer la production. Une fois cette étape validée, nous entrons dans une organisation très structurée, presque militaire, où les différents ateliers travaillent en parallèle.
La fabrication du bâtiment a ensuite duré cinq mois en usine, pendant que le chantier avançait de son côté avec les travaux de démolition, de terrassement et de réseaux. Une fois les modules installés, trois mois ont été consacrés aux finitions (joints de placo, peinture, sols, raccordements et mises en service). Ce délai était notamment lié à la mise en œuvre d’un bardage particulièrement technique. »
Votre inculpation principale, reste la perturbation de l’espace public et la nuisance. Avez-vous quelque chose à ajouter pour votre défense ?
« Les chantiers sont souvent perçus comme une contrainte par les riverains. Sur ce projet, les inquiétudes étaient bien présentes au démarrage, notamment en raison des nuisances liées aux travaux préparatoires. Mais lorsque les modules sont arrivés et que le bâtiment a commencé à prendre forme en quelques jours, la curiosité a rapidement remplacé les réticences. Les habitants sont venus observer le chantier, certains l’ont même filmé, fascinés par la rapidité de l’assemblage.
C’est sans doute ce qui caractérise le mieux notre métier.
« J’ai un collaborateur qui se présente comme magicien : ‘Quand j’arrive le lundi, il n’y a rien. Quand je repars le vendredi, un bâtiment complet est posé.’ Il a accaparé l’attention de toute la table. »
J’aime donc dire que nous mettons un peu de magie dans l’acte de construire : là où un chantier est souvent synonyme de contraintes, le hors-site permet de rendre le processus plus rapide, plus lisible et souvent mieux accepté.
Souvent, la construction d’un bâtiment peut être une période un peu de tension et de conflit. Et je crois qu’aujourd’hui, par l’approche du hors-site et par l’effort qu’on met tous les jours, qu’il faut que ce soit un acte heureux. Et je crois que nos clients en sont très contents parce qu’ils nous reconduisent souvent sur de nouvelles réalisations. »

Cyril Moussard – ModuleM
Les questions du jury

Je suis architecte : « Est-ce qu’il y a une limite de taille de projet liée au stockage des modules? Est ce que ça prend quand même un peu de place ? »
« La fabrication hors-site demande effectivement des capacités de stockage, mais cela reste une contrainte que nous savons gérer. Lorsque les chantiers prennent du retard, comme récemment sur un projet de bureaux de 3 000 m² pour une communauté de communes, nous pouvons stocker temporairement les modules, les protéger et adapter notre organisation. Aujourd’hui, nous sommes en mesure d’intégrer dans nos usines des projets allant jusqu’à 5 000 m² et, si nécessaire, de mobiliser des espaces industriels complémentaires. La question du stockage existe, mais elle ne constitue pas un frein majeur au développement des projets. »
Je suis urbaniste. « Est-ce que vous avez rencontré des contraintes techniques particulières qui vous ont demandé de vous adapter ? Par exemple, sur des questions d’acoustique, de thermique, de continuité de réseau. Et avec quelles compétences particulières avez-vous dû vous associer pour y répondre ? »
« Chez ModuleM, nous ne sommes pas spécialisés dans un seul type de bâtiment. Au fil des projets qui nous ont été confiés, nous avons développé des compétences dans des domaines très variés, parfois très exigeants. La réalisation de salles blanches pour des laboratoires, par exemple, nous a amenés à travailler sur des niveaux d’étanchéité à l’air bien supérieurs à ceux habituellement rencontrés dans le bâtiment. À chaque fois, nous allons chercher les expertises dont nous avons besoin, puis nous intégrons ces méthodes à nos standards de fabrication.
Pour ce groupe scolaire, au moment où nous avons posé les modules on nous a demandé de planifier un texte d’étanchéité à l’air. Le test a été fait, ça a été très performant. Il y avait également un défaut de production du produit. On nous a ainsi demandé d’intégrer cette sous-couche tardivement ce qui nous pénalisait au niveau de la production. On a donc fait venir un bureau d’études acoustique pour faire un test sans ce produit, et même sans ce revêtement de sol, on était au dessus des caractéristiques qui nous sont imposées. »
Je suis promoteur-constructeur. « Ce groupe scolaire a-t-il été réalisé dans le cadre d’une loi MOP ou d’une Conception-construction ? Et si c’est dans une loi MOP, est ce que vous pensez que vous auriez été plus performant dans le cadre d’une conception-construction ? »
« Ce marché a été lancé en loi MOP, c’est un marché de maîtrise d’œuvre imposant la construction hors site. Est-ce que ça aurait été mieux en conception-réalisation ? Je ne suis pas convaincu que ce soit systématiquement la meilleure approche pour le hors-site. Certes, elle peut donner l’impression de faire gagner du temps, mais elle réduit souvent les échanges entre les différents acteurs du projet. Or, c’est précisément dans le dialogue entre le maître d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre que le projet s’affine et gagne en qualité au fil de sa conception.
C’est souvent par simplicité qu’on fait la conception réalisation sur la construction hors-site. Je suis assez partagé dessus. L’approche retenue par la mairie de Blagnac me semble particulièrement intéressante. En imposant le recours au hors-site tout en laissant les équipes proposer différentes solutions constructives, elle a permis une véritable mise en concurrence des savoir-faire et des matériaux. Cette ouverture a favorisé l’émergence de la solution la plus adaptée au projet plutôt que l’application d’un modèle unique. »
« Cette accumulation d’expériences nous permet aujourd’hui d’aborder de nouveaux projets avec davantage de maîtrise. Et lorsque nous sommes confrontés à une problématique que nous ne maîtrisons pas encore, notre réflexe reste le même : aller chercher les spécialistes capables de nous accompagner. »
« Chez ModuleM, on fait de l’industri-sanat. Des compagnons qui ont des savoirs métiers traditionnels, mais qui ont industrialisé la méthode »
Les membres de la cour

Présidente de la Cour
Magali HOULLIER
Dirige l’audience, donne la parole aux parties et veille au respect du temps de parole. C’est elle qui, en fin de séance, appellera le jury à rendre son verdict.

Le Procureur
Alvaro CABEZALI MERA
Il porte les chefs d’accusation et souligne les points de friction des projets. Son rôle est d’interroger les accusés pour s’assurer que leurs preuves sont solides.




