Ces propos sont une retranscription du procès fictif « hors-site à la barre » organisé par NOBATEK, Hors Site Conseil et Ressorts le 4 juin 2026.
Procès n°3 : James Vitrac - Construction Dassé

Portrait James Vitrac – Dessiné par © Nina Garcia
Accusé : James Vitrac, Construction Dassé
Projet : Crèche de Castets (40)
Chef d’inculpation : Défaut d’acceptabilité architecturale : proposer des façades industrielles en tôle acier au risque de choquer les usagers
La défense
Dassé Construction est une entreprise landaise basée à Castets (40). Fondée en 1954, elle compte aujourd’hui une soixantaine de collaborateurs pour un chiffre d’affaires d’environ 40 M€. Historiquement ancrée dans la construction hors-site, l’industrialisation fait partie de l’ADN de l’entreprise depuis sa création.
Dassé s’appuie sur une ressource locale, la forêt des Landes, et a développé un système constructif breveté à partir de panneaux de bois aggloméré en pin maritime. Contrairement à une ossature bois classique, ce procédé repose sur des panneaux préfabriqués intégrant isolation, menuiseries et parfois même les finitions en atelier. Il repose sur une trame de panneaux de 1,80 m qui offre une grande liberté architecturale tout en conservant les avantages de l’industrialisation. Cette flexibilité permet de répondre aussi bien à des projets en conception-réalisation qu’à des opérations déjà dessinées par les architectes.
Nous sommes l’un des rares acteurs à venir du monde du bois et à endosser le rôle d’entreprise générale, de construire des bâtiments de A jusqu’à Z : on peut même aller jusqu’au VRD, au gros œuvre selon les projets. Une approche qui inverse les rôles traditionnels puisque la filière bois devient ici le moteur du projet.
Chez Dassé, les projets en conception-réalisation, on adore ça. Pour nous, c’est super parce qu’on peut avoir la main et avancer avec un architecte, avoir des vrais échanges pour vraiment pousser les solutions.
Le projet : Crèche de Castets (40)
La crèche de Castets que je défends aujourd’hui, illustre bien les gains du hors site 2D : 300 m² et 12 berceaux réalisée en cinq mois seulement. Le revêtement est en panneaux métalliques. Les menuiseries ont été intégrées en atelier. On retrouve des poteaux tous les 1,8m à peu près, ce qui nous permet de fixer très facilement des murs, d’être agiles sur l’architecture, mais aussi d’être rapides sur le montage du clos-couvert, ici monté en seulement 5 semaines versus 5 mois pour un chantier classique. Pour les habitants, l’effet est spectaculaire : en quelques semaines, le bâtiment prend forme sur site grâce à l’assemblage rapide des éléments préfabriqués.
Photos : Crèche de Castets (40) ©Dassé construction
L’interrogatoire du procureur
On voit plein de bâtiments avec des revêtements métalliques, notamment des plateformes logistiques, des bâtiments un peu boîtes à chaussures. De quelle façon arrivez-vous à vous distinguer par rapport à ce type de bâtiments ?
Effectivement, le métal, peut être très vite associé à la construction « modulaire » type Algeco, avec cette idée du cantonnement. Heureusement, on voit de très beaux exemples et on se sort enfin de ça.
Nous avons désormais la possibilité de jouer sur chaque panneau et d’aller chercher des couleurs à la fois en partie haute d’un mur ou en partie basse sur un même mur, et ainsi jouer sur ces éléments décoratifs
J’ai choisi de présenter une crèche car nous sommes dans le cadre d’un projet joyeux avec des enfants qui y passent la journée. À Castets, on est dans un site très boisé, au bord d’un ruisseau en lotissement, donc il y a beaucoup de maisons autour. Nous avons ici un bâtiment modulaire qui n’a pas l’air d’être un bâtiment modulaire, et qui n’a pas du tout l’air d’être un bâtiment industrialisé. C’est là toute la particularité de notre procédé constructif. À l’extérieur du mur, on a ce revêtement en acier, à l’intérieur, ce sont des panneaux d’aggloméré de pin maritime mélaminés qui sont arrivés finis, à l’intérieur et à l’extérieur.
Au niveau des jonctions, il y a des poteaux et des caches, que nous n’aurions pas si on avait choisi un trois plis sapin ou un contreplaqué, et sur lequel on a pu travailler sur des joints creux pour éviter d’apporter un élément visible comme une baguette décorative. En finalité la couleur est en harmonie avec l’environnement existant, la nature et surtout c’est joyeux pour les enfants.

James Vitrac – Dassé Construction
Pouvez-vous développer la particularité de vos panneaux ?
La particularité c’est de partir de la ressource. Dassé est implantée depuis sa création au cœur du massif forestier. L’entreprise a été créée pour utiliser la ressource bois. À l’intérieur c’est un revêtement mélaminé. Il y a également une charpente qui est cachée ou des plafonds bois. Ce mode constructif est vraiment ultra biosourcé : nous ne sommes pas à 36kg/m2 de biosourcé, mais on est systématiquement de 60 à 80kg/m2. On est deux à trois fois plus biosourcé que le niveau 3, soit le meilleur niveau biosourcé.
À l’intérieur nous avons des aménagements avec des contreplaqués magnifiques, avec du LVL : tout est boisé, des plafonds acoustiques… Sachez que même s’il n’est pas visible, le biosourcé est ultra présent dans ces constructions modulaires.
Vous parlez de Biosourcé. Est-ce que vous tenez compte de la renouvelabilité de la ressource dans votre modèle économique ? Comment pensez-vous ça dans le temps ?
Non seulement la ressource est renouvelée parce qu’on achète et vérifie que le bois est labellisé PEFC, FSC, donc les pins ou les douglas ou d’autres bois sont replantés. Mais, on est allé beaucoup plus loin. C’était une première ici : avec le maître d’ouvrage on a reboisé des parcelles qui ne l’étaient pas. On a fait des reformations de haies : on s’est retrouvés en forêt avec le maître d’ouvrage pour aller planter les arbres avec Plantons pour l’avenir.
Nous allons donc bien plus loin qu’une simple surveillance de nos achats. On va jusqu’à prendre la graine avec Plantons pour l’avenir, avec Alliance Forêt-bois ou d’autres, et replanter pour augmenter encore le massif forestier et la captation du CO2 dans l’atmosphère.
Est ce que vous incluez également dans vos projets la fin de vie du produit et éventuellement le côté modulaire dans les usages ? Est-ce que l’on peut faire évoluer le bâtiment dans son usage ?
Cela fait partie des engagements de Dassé même en modulaire 2D. Chaque année, on a des transferts de bâtiments. On construit beaucoup pour l’enseignement avec une démographie qui a vraiment évolué dans le temps et une tension dans certaine les villes. Dans d’autres villes c’est l’inverse, avec un dépeuplement des élèves. Et donc on nous demande de reprendre les écoles qu’on a construites, de les démonter et d’aller les remonter dans d’autres endroits.
Ce qui est intéressant, c’est que chaque chose qui est produite dans nos ateliers est pensée pour être montée facilement, et rapidement, mais aussi pour être démontée tout aussi rapidement et remontée.
Cela fait vraiment ça fait partie de notre ADN et à l’époque encore plus sauf que l’on construisait beaucoup plus et qu’il y avait une démographie qui poussait. On a toujours fait ça depuis 70 ans. On démonte des bâtiments pour les transférer, les remonter ailleurs. C’est compliqué, mais ça se fait. Et c’est vraiment notre expertise.
Chaque matériau peut aussi être réemployé individuellement. La préoccupation du réemploi va très très loin. En plus du fait de reconstruire, c’est vraiment de reconstruire à l’identique ou différents bâtiments avec les mêmes modules de murs, puisque soit c’est le même bâtiment, soit on va en construire d’autres. Ce n’est pas un souci puisqu’on va prendre votre plan et on va s’adapter.

Alvaro CABEZALI MERA – NOBATEK
Les modules peuvent être adaptés à différentes tailles ?
Non, parce qu’on a la contrainte d’un outil industriel qui fait qu’on essaie d’aller vers des trames qu’on maîtrise en atelier. On est très agiles parce qu’au delà de notre brevet, au delà des murs, on a un atelier qui fabrique des menuiseries en aluminium, parce que la plupart de nos chantiers, c’est de l’Établissement Recevant du Public (ERP). Cet atelier aluminium fabrique les menuiseries, les intègre dans les murs. On a aussi un atelier métal qui fait les soudures de la charpente.
Si on veut avoir un mur de huit mètres de long par trois ou quatre mètres de haut. On va sortir de notre système constructif : on sait s’adapter, y compris pour changer de matériau. Certes c’est plus compliqué à industrialiser mais régulièrement, on recrée le bâtiment de l’architecte en mettant un maximum de trames industrialisées en fonction du calepinage des menuiseries. Et après on a des fausses trappes et on a des trames sur-mesure, heureusement. Ainsi, on retombe vraiment sur le bâtiment de l’architecte. C’est un petit jeu de construction. 70/80% passent dans ma chaîne de production de façon ultra standardisée, mais il ne faut pas que ça se voit.
Les membres de la cour

Présidente de la Cour
Magali HOULLIER
Dirige l’audience, donne la parole aux parties et veille au respect du temps de parole. C’est elle qui, en fin de séance, appellera le jury à rendre son verdict.

Le Procureur
Alvaro CABEZALI MERA
Il porte les chefs d’accusation et souligne les points de friction des projets. Son rôle est d’interroger les accusés pour s’assurer que leurs preuves sont solides.
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